Mercredi 30 mai 2012 3 30 /05 /Mai /2012 11:06

tu as marché tout le jour

et pataugé dans le sang de la nuit

tu as appelé

souhaité demandé supplié attendu

 

            t    e      n        d          u

 

donné

 

                   donner donner donner

 

pardonné

 

à t’en crever les yeux

 

                        mais la vie

s’est retroussée la peau

                      sur la réalité

 

 

.

 

 

 

Par Esperiidae - Publié dans : Plume douleur
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Mardi 22 mai 2012 2 22 /05 /Mai /2012 17:45

Buffet de la Gare de C. - 21.05.2012 - 20h13


 

-  J’m’en beurre les crottes ! Un chien qui fait pas dehors va au tribunal. Ça, c’est le travail de la police. Qui c’est qu’a fait ça ? Y en a un qu’a disparu avec mon sac ! Ça, c’est le beau temps. Non mais vous, vous dites rien ?! C’est un italien qui voulait me casser la figure…. – un temps – C’est sur Cormoret que j’étais couché. Où j’étais couché c’est sur Cormoret.  – un temps, puis, chantant – « Et il m’a dit là haut sur la colline, sur la colline je l’ai pas vu… lalala » – un temps – Il fait chaud. Au mois de janvier.

 

Il se lève, va vers le comptoir :

 

- J’ai toujours pas vu cet italien qui veut m’casser la gueule.

 

Il s’accoude au bar, sans un mot. Sans un mot la serveuse lui sert un grand verre d’eau. Sans un mot, il le prend, puis retourne s’assoir à sa table.

 

-  Y pleut au mac do’. J’men beurre les crottes. Où j’étais couché c’est sur Cormoret. Les flics y z'ont dit crotte....

         

Et comme une boîte à musique mue par le grand bras de la folie, il déverse encore et encore avec monotonie sa litanie. Personne ne semble faire attention à lui. Je me lève et sors en déposant sur lui un regard que je souhaite pas trop ahuri…  

 

Demain si vous passez par là le verrez-vous peut-être, devant la gare de C., soufflant « Joyeux Noël » ou quelque autre mélodie chaotique dans une sorte de petite flûte à bec...

 

 

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Par Esperiidae - Publié dans : Sillons d'exitences
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Mardi 24 avril 2012 2 24 /04 /Avr /2012 08:47

 

Tricoter des chandails de vers


un mot à l'endroit


un mot à l'envers


pour que l'hiver

 

soit plus doux à passer

 

 

 

 

Par Esperiidae
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Mercredi 11 avril 2012 3 11 /04 /Avr /2012 17:14

BeFunky divers 019aL’être en frondaison

        branches

        se tendent

        s’étirent

        s’accrochent aux rais d’or

 

 

Pousses nouvelles

déchirent l’écorce

        avides

                        à lamper l’éther

 

 

Manger du soleil

frémir au chant des oiseaux

crier dans la nuit

courir dans la brume sauter dans les flaques toucher l’intouchable pleurer sous la pluie rire sous les regards

 

Et mourir de vivre

 

 

-

 

Par Esperiidae - Publié dans : Vers de Vie
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Mercredi 14 mars 2012 3 14 /03 /Mars /2012 14:30

 

Cher Inconnu,

 

Je ne sais de vous, que ce qu’internet me dévoile, au fil de mes errances

et surtout

tout ce qui se glisse en moi

de vous

de votre écriture

lors de ces inaltérables instants passés

à vous lire

 

Inconnu, et pourtant

je connais si bien votre voix

 

celle qui chuchotte à mon « hors œil »

des mots

ressemblant à mes fantômes

 

celle qui souffle

          ébouriffe la brume

                 ride le fleuve

                         dévoie pour un instant

notre barque, sur l’autre rive

 

 

les morts ont la main chaude

je le sais à présent

 

 

Votre voix

celle qui bouge sans cesse

celle

aux cent voix, aux yeux de vers, aux mains remplies de tant de poussière

       ramassée sur les chemins

       semées sur les pages

       invitation, à la respirer 

 

 

Inconnu…

Inconnu ? Votre nom, je le sais.

Il est marqué sur tant de livres

père de tant de mots

tant de morts

qui remplissent mes silences

 

C’est moi en vérité qui suis une inconnue

mais nos fantômes

qui sait ?

eux, se connaissent peut-être…

 

 

A Jérôme Meizoz  - 14.03.2011

qui ne lira sans doute jamais ces mots

 

 

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Par Esperiidae - Publié dans : Partage
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Mercredi 14 mars 2012 3 14 /03 /Mars /2012 13:30

 

Confiance 

un être clair

compétent

digne

dont l’intelligence

          le calme

          l’ouverture

 naturels

 

abreuvent l’autre

arrosent le monde, le tien le sien le mien, sans émoi

 

et les barques ne s’enlisent plus dans la vase

 

les tempêtes bouleversent l’océan

la brume enferme la nef

les vagues battent la coque

à grands coups de larmes

 

Le capitaine

doit veiller

mais quand le calme revient

le voyage peut continuer

regarde-moi crois-moi aie

 Confiance !

 

 

Croire. Confiance…

           un être trempé           pas confiance en toi

           indocile                             pas confiance en toi

    transi                       pas confiance en toi

            aux cellules sèches

                              livides

                              poussiè...       pas... comphiance? qu'est-ce que...

     quoi ? Quoi ?       

Rien. Vide. Crois de bois croix de fer

 

n’apporte à l’autre que

quoi ? Quoi ?

Rien. Vide. Crois de bois croix de fer

 

les tempêtes bouleversent l’océan

la brume enferme la nef

les vagues battent la coque

à grands coups de larmes

 

L’apprenti capitaine

divague

mais quand le calme revient

le voyage peut continuer

regarde-le crois-le aie...

 

Tu as   -   croix de bois, crois de fer !

Confiance

 

Pas en toi pasencore.jpg

...mais ça viendra                             .

 

 

 

 

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Par Esperiidae - Publié dans : Sillons d'exitences
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Mardi 13 mars 2012 2 13 /03 /Mars /2012 07:24

Plus trop le temps d'écrire ici...

flyer-fantome-avec-tour.jpg

Par Esperiidae - Publié dans : Poèsie audio
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Dimanche 4 mars 2012 7 04 /03 /Mars /2012 19:57

 

C’est un tourbillon

le temps qui s’ouvre

et mille sonnailles

se hissent aux Cieux

 

C’est

un ventre creux

où résonne

résonnerésonnerésonne

puis s’éteint

          

                 l’espoir


 

La fange des mots dédaignés

recouvre

la trace de nos pas

 

 

 

 

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Par Esperiidae - Publié dans : Plume douleur
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Mercredi 22 février 2012 3 22 /02 /Fév /2012 15:53

 

Dans le ventre

Un trou

Aux parois de verre pilé

 

 

TristeseQui m’avale m’assourdi me broie me noie

Éléments déchaînés

La terre          se dérobe

L’eau                      jusqu’aux yeux

L’air    écrasant

Le feu                         - Quel feu ?

Celui-là celui-là et celui-là, ne les voyez-vous pas ?

 

 

Et l’éther          - demain demain demain

Tout en haut, des voix

                     

                      Entends l’écho des mots

                      Qui sortent de tes mains tendues

                      Tout autour, des voies

                      Laisse tes larmes couler

 

Et je m’endors     je m’encore

La tête douloureuse

Et le visage mouillé

 

 

 

 

Par Esperiidae - Publié dans : Plume douleur
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Jeudi 19 janvier 2012 4 19 /01 /Jan /2012 17:21

L’aube    t i r e   u n e    c o u v e r t u r e    d e      b r u m e      

sur les cimes encore endormies

 

           la chimère inanimée de la nuit

 

          garde encore quelques instants

 

          les sapins        prisonniers

 

hiver 015-copie-1

Par Esperiidae
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Mercredi 11 janvier 2012 3 11 /01 /Jan /2012 15:34

Non non, ce n'est pas le titre d'un nouveau best seller de Stephen King, mais les titres des deux derniers enregistrement postés sur www.litteratureaudio.com. J'ai pris du retard dans la présentation de mes enregistrements, je fais donc d'une pierre deux coups.

 

Tout d'abord, voici

"Fantôme"  

un clic sur le titre ou l'image pour être dirigé

fantome.jpg

la nouvelle que j'ai écrite en décembre et pour laquelle on ma agréablement

influancée pour la diffuser sur litterature audio.

Elle es disponible ICI

 

Ensuite, un magnifique projet collectif

"L'Agence Matrimoniale"

un clic sur le titre ou l'image pour être dirigé

http://www.litteratureaudio.com/img/Henry_Gaston_-_L_Agence_matrimoniale.jpg

Comédie d’Henry Gaston a été présentée, pour la première fois,

au théâtre de Montrouge, le 12 janvier 1907.


Ah ! Une agence matrimoniale ! Quel bon moyen de trouver l’âme-sœur,

pour tous ceux qui n’ont pas eu la chance de la rencontrer par hasard

ou par relations !


« Prosper. – C’est entendu, mademoiselle ! Ce qu’il vous faut, c’est un jeune

homme brun, grand, beau garçon, occupant une jolie situation, et désirant

épouser une jeune fille sentimentale, au physique agréable. »


Oui, mais… Et si le directeur de l’agence est encore célibataire ? 

pour en savoir plus, c'est ICI

 

 

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Par Esperiidae - Publié dans : litteratureaudio
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Lundi 9 janvier 2012 1 09 /01 /Jan /2012 13:46

Au dessus

le soleil aveuglé                  se regarde

         dans le miroir de vapeur

froid.jpg

Au dessous

le baliveau        baliverne

les membres tors

étendus                       - indécence ? -

dans la brume    il pleut

          

          grelotte

 

 

                s’emmitoufler dans la fourrure

                                               de la foi

                demain

                un vent

                             chaud ?    froid ?

                                                        un vent

                bouleversera le trouble

 

 

 

 

 

 

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Par Esperiidae - Publié dans : Plume douleur
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Mardi 27 décembre 2011 2 27 /12 /Déc /2011 18:24

Taalith

Isabelle Eberhardt

http://www.litteratureaudio.com/img/Taalithnb.jpg

 

Les récits d’Isabelle Eberhardt (1877-1904) ont été publiés après sa mort

et présentent la réalité quotidienne de la société algérienne au temps de la

colonisation française. Publié dans Pages d’Islam en 1936 Taalith est le récit

tragique d’une jeune veuve forcée de se remarier…

 

    Pour écouter la nouvelle, c'est ici

Par Esperiidae - Publié dans : litteratureaudio
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Jeudi 8 décembre 2011 4 08 /12 /Déc /2011 18:00

 

 version audio :  

 

http://www.litteratureaudio.com/livre-audio-gratuit-mp3/esperiidae-fantome.html#comment-56455

 

 

Écrire. Envie d’écrire, mais je ne sais pas quoi. Plus besoin qu’envie d’ailleurs peut-être… Alors j’empoigne mon stylo, je le retourne  comme s’il s’agissait d’un sablier. L’encre qui va inexorablement s’en écouler me fera-t-elle des histoires ?...

 

Cela bouillonne à l’intérieur, j’ai des choses à dire. Simplement, je ne sais pas lesquelles... J’ai des mots plein la tête, comme des gros nuages noirs remplissant le ciel, alors j’étends un parterre de feuilles vierges et voilà, j’en suis là. J’attends que le silence et la tranquillité de l’instant éventrent les nuages - le calme avant la tempête - que la pluie se déverse, que de chaque graine de flotte éclose un mot. Et que pousse l’histoire qui est partout à l’intérieur de moi mais que je ne connais pas encore.

 

Cela fait six mois que j’ai quitté mon appartement de célibataire, perché au sixième étage d’un immense immeuble déglingué

 

d’une ville

 

Ça paraît un peu dépouillée, « une ville » posée nue ainsi, simplement, entre les lignes. Et bien elle était comme ça cette ville ; dépouillée, rabougrie, vide d’espoir et de chaleur. Et l’amitié !?  N’en parlons même pas.

 

Je l’avais choisie pourtant, sans contrainte, comme terre d’asile, comme lieu d’exil. Fuir la campagne et ses fouines mesquines qui fourrent leur nez dans la moindre de vos petites affaires, qui lâchent dans votre dos toute la vermine qu’elles ont dans leurs fourrures graisseuses et qui par devant vous font des ronds de jambes en espérant s’en attirer le double en échange.

 

Je croyais qu’il n’y avait rien de pire qu’un ciel gris sur les ruelles désertes d’un village dortoir. Rien de pire que le soleil se cassant la figure et se râpant les rayons sur le gravier des cours d’école désaffectées. Rien de pire que le rire des pies fouillant le feuillage des platanes de la place du village et se moquant du dernier mohican local venant traîner sa barbe blanche sous l’ombrage à la recherche de quelque souvenir d’enfance. 

 

Je n’avais pas compris que ce qu’il n’y avait rien de pire, c’était en réalité ton départ, ton absence, inadmissible absence. Ton enlèvement, par la grande faucheuse, trois ans auparavant – déjà cinq ans maintenant ! Je n’avais pas compris que la mort, lors de sa visite, avait oublié sa toge et que c’est ce voile de ténèbres qui recouvrait depuis le village, et ma vie. 

 

Peut-être, si je l’avais compris, aurais-je pu crocher un des fils de sa robe, le tirer, tirer, et défaire à grands coups de patience la trame de cette tristesse. Peut-être alors me serais-je réconciliée avec l’endroit, avec les gens, avec la vie, peut-être serais-je restée, peut-être…

 

Oui mais voilà, je ne l’avais pas compris. Alors on rembobine le film des suppositions, on le range sur l’étagère de l’indéfiniment derrière soi et on reprend le fil de l’histoire, qui lui, n’est pas fait de peut-être mais d’être, à l’infinitif, au passé et au présent.

 

Me voilà donc, après avoir fui la campagne, après avoir fui la ville, après avoir fui la réalité et avec elle une bonne tranche de ma vie, me voilà donc maintenant, assise sous un olivier, enrubannée par la fragrance d’une lavande à l’apogée de sa croissance, à 750 kilomètres de tous ces souvenirs. La nature cymbalise à tue tête, le soleil me fait des clins d’œil et me chicane comme un gosse rieur entre le feuillage, et écrasées sous le poids de mes cinquante balais quelques touffes de broussaille tirent la langue dans la poussière d’ocre. Je me sens bien ; un bloc de papier sur les genoux, océan blanc tendu à toucher l’horizon, un stylo entre les dents, corsaire, je me sens prête à affronter les vagues de mots. Alors maintenant j’ai assez tourné autour du pot de moutarde, il faut que j’y plonge mon couteau. Moutarde, moutard, jolie opportunité de transition, mon inconscient me tend la perche… Moutarde. Cette gamine tendre et insouciante, ma gosse, qui m’a été raflée, soufflée, arrachée ! Une môme vit, une voiture passe, pfouitt ! Plus là la môme ! Fini. Bonjour madame on a quelque chose à vous annoncer.

 

Quand ils sont venus sonner à ma porte, ces gens que je connaissais et qui n’avaient rien à faire là, mon esprit surpris n’a pas compris mais mon corps a tout de suite reçu en pleine cellule la tragédie. Leur être tout entier transpirait l’horreur qu’ils venaient m’annoncer et avant même qu’ils n’aient prononcé un seul mot mes jambes ont flanché. Je n’ai jamais compris ce qui fait que mon corps ait ainsi su avec tant de clarté des choses pas encore dites et qui n’existaient pas encore dans ma conscience. Comme si les cellules de notre corps étaient autant d’oreilles bien plus fines que les deux coquillages plaqués de chaque côté de notre crâne. Comme si l’immense empathie que ces deux ambassadeurs de l’horreur portaient en eux était plus bruyante et plus explicite que tous les mots qu’ils me dirent ensuite, et que je n’arrivais pas à comprendre. ?? Qui a cassé sa voiture ? …

 

J’étais sonnée. J’avais mal au vide qu’on venait de me faire dans mon ventre, et qui avalait d’un coup, tout mon sang, toutes mes forces, hémorragie, ma vie jetée en trombe aspirée dans cette béance qui venait de se créer.

 

 On m’a peut-être portée jusque dans mon salon, allongée sur le canapé, ou peut-être dans ma chambre ?Je ne me souviens de rien, ma conscience venait d’être balayée par un coup de grisou. Je ne suis pas allée la voir dans son cercueil. On me l’a interdit-c’est-pour-ton-bien, c’est ma sœur qui est allée reconnaître la méconnaissance du corps de ma petite fille déchiquetée, à moi on ne m’a laissé que l’histoire, et mon imagination, et débrouille-toi avec ça ! Ai-je été à l’enterrement ? Oui, je suppose, car c’est ce qui se fait… Je n’ai pas touché à sa chambre, ses affaires d’école étalées sur le bureau, son ipod mis en charge et qui charge et charge encore semaine après semaine, sa collection de chouchous, pinces, barrettes, partout sur son lit parce que ce matin on sait pas quoi mettre alors on étale tout, on essaye tout, puis faut filer en vitesse parce qu’on est en retard. Ses habits sales cachés sous le lit, sous le bureau, derrière l’armoire, dans la moindre petite fente mais surtout pas dans le panier à linge sale, tout au plus une chaussette, une seule, jetée sur le couvercle. J’ai rien touché, c’est son espace, et quand elle reviendra elle n’aimera pas si je lui ai mis du désordre dans son désordre…  

 

Ils se sont bien rendu compte, qu’ils ne pouvaient plus me laisser seule dans cette maison, que je perdais la tête, que je n’agissais pas normalement et que je faisais tout comme si elle était encore là. Je préparais les repas pour deux, j’allais à la boucherie du coin acheter pour notre repas quatre fricandeaux parce que maintenant elle mange bien la gamine, elle grandit !  Je téléphonais à Mme Piscardi pour savoir si Celia n’était pas vers Emilie parce qu’il est déjà sept heures et qu’elle n’est pas encore rentrée, mais elle traîne où cette gamine ! Ils se sont bien rendu compte, alors ils sont venus me chercher un jour, ils m’ont dit qu’il fallait que je me repose et ils m’ont placée à l’hôpital.

 

Alors j’ai commencé à les détester.

 

Tout ces gens, là, baignant dans leur bonheur, arrogants, me gavant de leur gentillesse, me truffant de regards compatissants « alors Solange, tu reprends le dessus c’est si terrible comme choc ma pauvre » « Allez Solange, sors, viens au marché de Noël dimanche, ça te fera du bien » « Solange… nous aussi on l’aimait beaucoup ».

 

Taisez-vous ! Pourquoi vous cherchez à tuer mon enfant ! Assassins !

 

Crier crier crier à recouvrir le rire des anges

Déchirer le ciel à grands coups de griffe

Éventrer la panse céleste

Arracher les étoiles

une

à

une

 

te chercher               revient !

 

Sarcler l’éther

pour que renaisse

les graines de toi

 

Taisez-vous ! Elle est là, dans sa chambre, elle se repose parce qu’aujourd’hui elle a de la fièvre !

 

 

La terre continue de tourner pendant que je cogite tout cela et le soleil maintenant a fini de se couper aux petites lames-feuilles de mon olivier parasol. Il tend maintenant franchement ses rayons d’or par-dessous la jupe vert argent, c’est tout joli de richesses mais ça me mord les pieds et commencent de croquer franchement mes mollets.  Je me déplace un peu pour retrouver l’ombrage, et repose sur mes genoux mon carnet, immaculé mais néanmoins moucheté de marques translucides. Armée de mon stylo et bien déterminée à lui tordre le bout pour lui faire suer son encre s’il me faisait résistance, je pensais que ce serait lui  qui tacherait mon papier, mais c’est le bout de mon cœur que je viens de me tordre en faisant ressurgir le passé, et se sont mes larmes qui « motte » le plan désert blanc.

 

Ça me fait étrange de pleurer. Je pensais que cela me ferait plus de mal, une vague idée que l’on perdait quelque chose d’essentiel caché dans ces gouttelettes, liqueur de mortification. Mais qu’est-ce que j’imaginais ? Que c’est toute ma vie qui allait s’écouler, jusqu’à me noyer ? Que ça brûlerait mon visage, que ça le défigurerait, le transformerait en cicatrice géante, effrayante, permanente ?  La dernière fois que cela m’était arrivé je devais avoir… je ne sais pas, il y a longtemps j’ai bien dû en déverser des vagues d’émoi et des coulis de morves, comme toutes les petites filles, mais depuis « que je suis une grande  fille », tout cela a bien été fini. Je ne sais pas vraiment pourquoi. Que léguais-je donc à mes larmes que je ne voulais pas lâcher ?... J’aurais dû suivre une thérapie avec un psy compétent qui m’aurait aidé à le découvrir, mais tous ceux qui ont tenté de se glisser dans ma tête durant mon séjour à l’hôpital psychiatrique étaient des espèces de gaillards hautains qui ne m’inspiraient que méfiance ou colère. Je les ai repoussés, j’ai avalé docilement tous mes antidépresseurs et j’ai toute seule, comme une grande idiote farouche, empoigné une petite cuillère et tout bien ramassé mon âme brisée, éclatée, mortifiée,  bazardé le tout pêle-mêle dans mon être et – souriez, le petit oiseau va sortir – au-revoir messieurs-dames ! Et je suis rentrée à la maison, car ma fille m’attendait et avait besoin de moi…

 

Je n’arrive pas encore à déterminer avec exactitude le degré de conscience que j’avais de la mort ou non de ma fille. Je me jouais la comédie, mais j’étais si bonne comédienne que je me leurrais à la perfection !  Avec tous ces gens qui gravitaient autour de moi, je faisais « comme si ». « Oui oui je vais au cimetière les dimanches changer ses fleurs » répondais-je avec une lassitude hautaine aux voisins plus suspicieux que les autres qui venaient me demander s’il m’arrivait souvent « de la voir ». Mais en mon for intérieur je riais de leur naïveté et je m’imaginais déjà racontant l’anecdote à  Celia dès que j’aurais franchi le seuil de notre foyer…

 

Parfois je faisais une incursion dans la réalité et c’était alors un tapis de cauchemar sur lequel s’étalaient les journées, comme de la mélasse sur un pain ranci. Les volets restent clos et je cherche désespérément dans les pièces tous les recoins où tu pourrais te cacher, et tous ceux où tu ne pourrais pas, dessous les meubles, à l’intérieur du panier à linge sale, dans les tiroirs de la cuisine, mais je suis folle qu'est-ce que je cherche !!?  Et la nuit dégouline sur moi et m’englue 

 

Nuit

                    d’insomnie, serpent de ténèbres se glisse entre le grillage de l’obscurité

                    nébulosités extérieures

                                                                        noircissures intérieurs

m’enveloppe m’envahit me bouffe me consume m’oppresse

un peu plus lourdement, un peu plus profondément, dans chaque cellule, à chaque inspiration.

Les images, film spectral de mes manques et de ma tristesse passe et repasse en boucle sur l’écran de mon désespoir.

Bruissement de mes larmes s’écroulant sur les draps, résonne dans le silence et  l’écho en déchire les parois de ma raison.

J’ai mal.

Béance.

Je m’y effondre.

Je voudrais pouvoir me relever et marcher, courir courir mourir plus vite encore, plus désespérément,  longer ce long couloir obscure, dérouler tout le fil de ma vie jusqu’à ce que plus rien de moi ne subsiste. Jusqu’à ce que cette mort qui bouffe mon ventre m’avale toute entière et qu’à nouveau nous soyons réunies…

 

Une brise glacée court sur ma peau, me retrousse chaque poil et j’ai soudain la chair de poule malgré l’écrasante chaleur de cette superbe journée d’été provençal. Me remémorer ces instants me glace d’effroi. Il faut du cran pour regarder la folie, ne pas prendre ses jambes à son cou devant celle des autres ; mais affronter la sienne en demande plus encore. Seulement,  j’en suis arrivée à ce point bascule où la souffrance, bouffie, entretenue sans retenue dans le secret de la négation, sustentée par elle, déborde de sa cage. Le quotidien se cloque de petites boursouflures qui éclatent sous la moindre caresse.  On ne peut indéfiniment l’éviter, un jour un visage, un regard, une présence, effleurent le cœur brisé rafistolé au mensonge et c’est la fissure. Petit lézard qui dort au soleil et qu’un geste – une seconde, une minute, un sourire - soudain réveille, et file le lézard et file sur le mur, petit pas léger comme un éclair. Et la brisure se crevasse et la crevasse recrache en paquet ce qu’on n’a pas digéré.

 

J’ai vécu trois années dans ce village ou les gens avec désolation disaient de moi « c’est si triste, depuis la mort de sa fille elle devient toquée » puis le temps passe, le laïus s’étiole, la clémente définition se résume, on dit « la toquée ».

 

C’est vrai pourtant que j’étais devenue toquée. Et franchement plutôt deux fois qu’une. Je parlais sans cesse à ma fille-fantôme, lui racontant mes journées et quand j’en avais fini avec elles je lui racontais ma vie, ma mère, mon père, le sien, le sien que j’avais fini par haïr ! Et je terminais alors les journées dans des marres de fange tant son mépris et son lâche départ me submergeaient de rancœur

 

Jeter un enfant dans une mère comme on crache une glaire

le balancer par-dessus corps puis s’évaporer

l'éjaculer hors de la mort, pour exister

le balancer par-dessus bord

puis l'oublier !!!

 

Avoir ainsi privé un enfant, mon enfant, de présence et d’amour paternel ! Je le détestais plus que tout autre lui, parce qu’il était le père, parce qu’il était celui qui m’avait rempli avec cette petite vie et maintenant il n’y a en moi plus que gros vide !

 

« Petite fille ne pleure pas je suis là, je suis là, et je serai forte pour deux ». Et je la déposais dans son lit-cocon, petite princesse aux grandes ailes de papillon qui rêvait d’espace et de liberté où batifoler. Je la couvrais de baiser, je lui racontais des histoires jusqu’à ce que ses yeux se ferment et même encore longtemps après. Et le matin se levait sur ma carcasse rabougrie en chien de fusil au pied de son lit… vide.

 

Parfois les jours de grand beau, je partais gambader dans les forêts odorantes et j’accrochais aux épines des sapins de longs rubans de chansons joyeuses et enfantines que j’entonnais à tue-tête avec ma Celia-fantôme et nous courrions nous courrions jusqu’à perdre notre chemin. J’étais à la fois fière et radieuse de cette extraordinaire complicité, de notre extraordinaire unicité…

 

Dans ce concert de bonheur pourtant quelque chose n’allait pas, le train train de la symphonie avait quelque chose qui déraillait, les violons grinçaient des notes absurdes ; dans mon esprit ravagé et mélancolique comme l’automne ma fille grandissait à l’envers. Plus les jours passaient et plus l’arbre des âges de mon enfant perdait des années.  Ainsi, j’achetais pour son Noël un élégant petit sac « girly » rempli d’accessoires pour jeune demoiselle, puis quelques semaines après, j’empaquetais pour son anniversaire un coquet coffret à bijoux Winx garni de mignonnes parures en perlettes colorées. A peine six mois plus tard, je lui offrais une dînette « Charlotte aux fraises » et je l’installais vers moi à la cuisine pendant que je préparais nos repas.

 

Quelque chose ne va pas dans cette maison, dans ce village, quelque chose ne va pas ! Mon enfant m’échappe, fond comme neige au soleil, l’image s’étiole, la brume envahi chaque pièce et gagne mon âme et je lutte, lutte, contre la mélancolie qui grignote l’illusion. Je m’égare et m’étouffe dans les plis des flétrissures de mon âme. Il faut que je sorte d’ici, quitte ce village,  fuie ces regards partout derrière mes fenêtres, ces voix assourdissantes et raisonnables qui veulent anéantir mon mirage et couper le fil de soie qui me retient à la vie.

 

Quelques semaines plus tard j’emménageais dans un vétuste 4 pièces perché au sixième étage d’un immense immeuble déglingué…

 

Sur mes genoux les pages indéfiniment blanches frissonnent sous la brise légère qui vient de se lever. Les mots qui se sont échappés de mon âme depuis deux bonnes heures maintenant n’ont percuté que l’éther. Je n’ai rien écrit et le brûlant besoin que j’avais de le faire depuis quelque jours semble pourtant assouvi.  Je me sens épuisée.

 

Le soleil a vaincu ma vigilance et sa morsure rougit douloureusement mes jambes jusqu’aux genoux. Il est temps que je regagne mon mas.

 

@JB

Musique : Dvorak : Serenade for Strings Op. 22 — IV. Larghetto / The license information states that this file is "available for free download subject to the EFF OAL" (Open Audio License), which in turn is interchangeable with the CC-BY-SA-2.0.

 

 

Cette histoire est une pure fiction. Mon enfant, grâce au ciel, est toujour vivant !

 

 

 

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Par Esperiidae - Publié dans : Vers de Vie
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Mercredi 23 novembre 2011 3 23 /11 /Nov /2011 10:54

   

      Chamboulement

 

À trop gratter l’écorce du ciel         des bleus sous les ongles

                 

À trop scruter l’horizon             des rayures dans les yeux

 

 

Entendre le silence                    partout         partout

                  à trop tendre l’oreille

 


 L’eau         des souvenirs que l’on presse

                   pour en tirer      une       dernière    goutte

Ruisselante          brûlante

Sur la peau retroussée

 

 

 

Au loin, un chant ;

   l  e       v  e  n   t

dans les chevelures pailletées d’or

des forêts                 de chênes           d'hêtres

                                                              ·٠•● ●•٠·˙˜”*°•. de charmes .•°*”˜˙·٠•● ●•٠·˙

peuple les insomnies

 

 

 

 

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Par Esperiidae - Publié dans : Vers de Vie
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